Kafka sur le rivage / Haruki Murakami


Kafka sur le rivage / Haruki Murakami.- Paris : Belfond, 2006. 618 p.


Roman onirique où Kafka Tamura fugue de chez lui à l’âge de quinze ans. Il vit seul avec son père à Tokyo. Il ne connait pas sa mère, qui a fui avec sa sœur quand il n’avait que quatre ans.
Il est solitaire, ne se sent bien que dans les bibliothèques qui sont sa «seconde maison, l’endroit où il se sent vraiment chez lui».
Kafka (qui signifie corbeau en tchèque) a un ami imaginaire, un double, qui lui donne des conseils et le guide dans la vie. Ce double s’appelle «Le garçon nommé Corbeau.» Kafka sent en permanence sa présence et imagine discuter avec lui ou être assis à la même table que lui.

Kafka Tamura ressent également qu’il est lié depuis sa naissance à une prédiction, la prédiction faite par l’Oracle de Delphes à Œdipe : l’enfant tuera son père et épousera sa mère. Kafka est convaincu que son propre père lui a fait la même prédiction.
Pour échapper à un tel destin, Kafka fugue en prenant un car de nuit, pour la destination de Takamatsu. Dans le car, il fait la connaissance de Sakura, une jeune femme qui lui laisse son numéro de portable, s’il se sent seul.
Sakura sera amenée à revoir Kafka. Elle éveillera ses premiers émois.
Kafka est arrivé à destination : Takamatsu. Il se trouve une chambre dans un hôtel abordable, et passe toutes ses journées dans une bibliothèque trouvée dans l’annuaire : la Bibliothèque commémorative Komura.
Deux personnes y travaillent, Oshima (en apparence un sage jeune homme) et Mlle Saeki (une élégante femme d’une cinquantaine d’années). Ces deux êtres prendront une place essentielle durant sa cavale.

L’hôtel devenant une dépense au-dessus de ses moyens, il finira par passer ses jours et ses nuits dans ce refuge littéraire. Le garçon nommé Corbeau sera rapidement aidé par le bibliothécaire Oshima, qui s’attache à lui.
La mystérieuse Mlle Saeki ne laisse pas insensible Kafka. Il se sent attiré par elle. Il sent un mystère l’entourer et une douleur très présente en elle malgré le sourire qu’elle affiche en permanence sur son visage. Mais Kafka n’est pas dupe, et ressent qu’elle ne donne que le change à une situation intérieure moins lisse, moins facile.

En parallèle des tribulations de Kafka,  le lecteur fait également connaissance avec Nakata, cinquantenaire, déficient léger, qui détient la faculté de parler aux chats.
Sa race de prédilection est le Siamois, très instruit et plein d’éloquence. Nakata adore discuter avec la race féline. Il a déjà rencontré des siamois très intelligents, très polis et fins connaisseurs d’opéras. Ce don peu commun lui a donné un métier : celui de retrouver les chats égarés pour les familles éplorées.

Nakata est originaire de l’arrondissement de Nakano à Tokyo. Il souffre d’une légère déficience intellectuelle à cause d’un coma survenu lorsqu’il n’avait que neuf ans. Depuis, il ne s’est jamais éloigné de son quartier, trop inquiet à l’idée de ne pas être capable de le retrouver, car il ne sait ni lire ni écrire.

Le cours de la vie de Nakata va basculer lorsqu’à la recherche d’un chaton, il affronte un tueur de chats, Johnnie Walken.
Nakata peut-il supporter de voir cet homme tuer ces bêtes pour lesquelles il a tant d’affection ?
Cette rencontre le fera partir de Tokyo, à destination de Takamatsu.

Nakata n’est pas très intelligent. Il ignore la mission dont il devra venir à bout là-bas. Mais il est convaincu qu’à destination, cette mission deviendra limpide.
Hoshino, chauffeur routier prend Nakata en stop et souhaite étrangement accompagner cet homme dont il ignore pourtant tout. Nakata lui rappelle son grand-père. Il ne prend jamais de vacances, et la présence du vieil homme l’apaise. Nakata ne sait pas lire, mais il est plein de sagesse, qui séduit Hoshino. Il souhaite donc prolonger le moment avec ce curieux bonhomme.

Aussitôt partis, la police découvre le père de Kafka mort. Nakata et le garçon nommé Corbeau habitaient à quelques mètres l’un de l’autre. L’un ou l’autre serait-il coupable ? Seraient-ils complices ?

Ce roman est habité par l’univers très particulier d’Haruki Murakami : rêves, littérature au cœur du roman (Soseki, Kafka, Les Mille et une nuits), de films de François Truffaut et de musique (Duke Ellington, Schubert, Beethoven).

Il est empli de sensualité aussi, de cette atmosphère si familière chez Murakami, qu’il distille dans chacune de ses œuvres.

Plongée dans un univers étrange, fabuleux, où peuvent se croiser, s’aimer, se dédoubler des êtres qui auraient été bien plus ternes dans la vraie vie.

Plongée dans un univers où contradictions, personnalité, intelligence, sensibilité apparaissent sous une autre facette, un autre aspect.

Plongée dans une dimension littéraire, celle d’Haruki Murakami, qui donnera soif au lecteur de découvrir d’autres romans de cet auteur, très talentueux. Dans un autre genre, son autobiographie "Autobiographie de l'auteur en coureur de fond" est une vraie pépite. Il y compare l'effort physique du marathonien qu'il est à l'effort d'écriture de l'auteur qu'il est devenu. Murakami affirme d'ailleurs que sans être coureur, ses livres auraient été nourris d'une autre sève, auraient été très différents.
Les deux personnalités de Haruki Murakami se complètent à merveille, et la lecture de ses romans, est un voyage initiatique qu'il faut tenter. 


Pour lire quelques citations tirées du roman :
http://citations-auteurs.blogspot.fr/2013/10/haruki-murakami-ne-en-1949.html

Commentaires

  1. Instantanément à la suite de vos mots qui dévalent rapidement devant mes yeux, j'avoue que l'envie de lire ce livre me prend et que ce sera dans ma liste d'achat ou peut être un prêt à la bibliothèque, s'il s'y trouve. Merci de nous faire partager vos coups de coeur.

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    1. Merci à vous Brigitte. Je suis heureuse de vous avoir donné envie de découvrir ce roman. Vous ne devriez pas être déçue.

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