Les vierges & autres nouvelles / Irène Némirovsky



Les vierges et autres nouvelles / Irène Némirovsky. Paris : Denoël, 2009. 227 p.















Irène Némirovsky brosse dans ce recueil, avec la 1ère nouvelle intitulée «Film parlé»,  le portrait d’une jeune fille brisée.
Anne, ne connaît pas sa mère. Elle est élevée par sa sœur, qui l’exploite comme une domestique.

Sa tante, en abandonnant quelques instants une missive sur une table, dévoile à sa nièce toute sa cupidité.
En effet, la lettre adressée à la mère d’Anne est un tissu de mensonges. Les mots couchés sur le papier prétendent qu’Anne coule des jours heureux et qu’elle a besoin d’argent car à fréquenter la bonne société, elle aimerait renouveler sa garde-robes.
Or, l’argent que la tante réclame est bien sûr dans son seul intérêt. Anne, considérée comme la bonne n’a en sa compagnie aucune raison de se faire belle, et est vêtue d’une manière très austère, bien que très jolie.

Ce mensonge est de trop pour la jeune fille, qui s’enfuit avec la ferme intention de retrouver sa mère.
Sa mère n’est pas chez elle, mais comme lui annonce la concierge au Willy’s Bar, comme tous les soirs.
Eliane Bernard, prostituée, ne s’attend pas à y voir entrer sa fille, qui doit se présenter à elle. Elles ne se connaissent pas, l’enfant ayant été éloigné très tôt de ce milieu, certes pas idéal pour faire son éducation.

Anne, se débat entre deux univers : austère / libertaire. Anne n’a aucun repère.
Sa mère est belle et semble être aimée. Alors, même s’il est difficile d’avoir de la tendresse pour cette femme qui l’a abandonnée ou de respecter cette femme qui semble très éloignée de la mère qu’elle aimerait avoir, Anne veut avant tout enfin recevoir un peu d’amour.

Anne est innocente et prête à aimer le premier venu qui lui manifestera un peu de chaleur, de tendresse.
Le premier venu s’appellera Luc, homme sans le sou, et qui pariera le peu qu’il a au jeu.
Anne, jeune et innocence, ne fait pas attention à ce défaut. Ils s’aiment, et cela seul compte.
Le jeune couple a un enfant, Françoise. Luc est donc contraint de trouver un travail pour nourrir sa jeune famille.

Mais le démon du jeu est plus fort qu’Anne, que Françoise.
La passion du jeu est plus forte que l’amour qu’il porte à sa femme et à sa fille.
Anne, toute jeune femme, perdra bien vite ses illusions d’amour éternel et de fidélité, de vérité.

Petite nouvelle triste et mélancolique, «Film parlé» a des similitudes avec «Une vie» de Maupassant.
Jeanne et Anne, sont comme deux sœurs, toutes deux éduquées en dehors de la réalité, toutes deux sont innocentes et idéalistes, et toutes deux reçoivent au visage les blessures dues à la médiocrité des êtres qu’elles croisent.

Êtres blessés par leur fragilité, Jeanne et Anne sont des héroïnes de papier, dont le cœur se déchire dès qu’il pose le pied dans la réalité.
Ecriture féerique d’une époque révolue, rêves désuets de jeunes filles d’un autre temps.

Il est doux de se plonger dans cette littérature surannée, où l’on rêve d’un amour pur et éternel.
Doux et fol espoir, d’être quelqu’un de bien, de rencontrer quelqu’un de bien, et d’être définitivement bouleversé de réaliser que nous nous sommes trompés, que nous avons été trompés, et que désormais plus rien ne pourra nous rendre heureux... dans la mesure où la vie n'est pas un conte de fées.

Petite nouvelle pour une grande quête d’absolu…

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