Continuer : roman / Laurent Mauvignier



Continuer : roman / Laurent Mauvignier. Paris : Les Editions de Minuit, 07/2016, 238 p.





Magnifique roman de cette rentrée littéraire !

Grand roman sensible sur les relations humaines, filiales et maternelles, amoureuses.

Sur la facilité de vivre que les émotions intenses et positives apportent à l’existence, et sur le gouffre qui surgit, et où l’on tombe peu à peu quand elles meurent, ou se désagrègent.

Histoire à la fois banale et gigantesque : qui fait le constat évident que le manque d’attention, d’amour maternel ou amoureux donne à toute existence une fadeur, un désintérêt à la vie et à nos actes. Et qu’alors les êtres que l’on croise ne marquent pas notre mémoire, trop bouleversée par nos souvenirs de sentiments forts mais révolus. A moins qu’une épreuve ne nous fasse comprendre la nécessité de ressentir ENCORE, d’exprimer ENCORE, de vivre MAINTENANT et d’oublier un peu le PASSE.

Laurent Mauvignier, avec son style sublime, installe l’histoire, banale :
Sibylle, divorcée, vit seule avec son fils Samuel, 16 ans. Leur relation est tendue, Sibylle noyée dans ses problèmes, sa vie sans intérêt, où le quotidien et les tâches répétitives lui retirent énergie et joie de vivre ; Samuel livré à lui-même qui se laisse happé par des fréquentations peu recommandables, car les SEULES existantes.

Tout bascule lors d’une nuit blanche, où Samuel ne rentrera pas, trop occupé à faire la fête, et à vivre sa vie d’adolescent sans repère, en manque d’attention, de valeurs.

En bande désœuvrée et imbibée d’alcool, ils vont toucher le fond, et finir en cellule, où Sibylle choquée viendra récupérer son fils, qu’elle réalise ne plus connaître, ne plus comprendre.
Derrière sa colère, le choc la fait réagir, reprendre goût à la vie, avec enfin le but qui lui manquait : être utile, avec cette nécessité de sauver son fils, de sortir de sa torpeur et de cette incommunicabilité où ils sont emprisonnés depuis trop longtemps.

Les problèmes du quotidien où elle se noyait sont aujourd’hui superficiels, sans importance.
Seul Samuel compte, et il faut tout laisser tomber pour ne se consacrer qu’à cette cause, sa raison d’être, de vivre.

Cette quête aux retrouvailles entre une mère et son fils doit se passer dans une distance, dans un cadre inconnu, pour que la difficulté à se comprendre, à vivre ensemble se déplace sur un autre élément, la nature.

Ce voyage de sauvetage doit se passer loin, en Asie, au Kirghizistan. Samuel et Sibylle gardent une passion commune, une seule, l’équitation.
Ils parcourront par conséquent les montagnes d’Asie à cheval, dans des conditions d’isolement et de découverte imprévisibles.

Ce voyage au bout du monde permettra-t-il à cette mère et son fils de refaire connaissance, et de surmonter l’indifférence, l’hostilité, le manque de tendresse qu’ils se réservaient à Bordeaux ?

Samuel est-il le seul à être dans un mal-être qui le fait se comporter sans réfléchir aux conséquences de ses actes ? Ou Sibylle s’est-elle renfermée sur elle-même pour des raisons, des sentiments auxquels elle a dû renoncer ? Quels sont ses démons ?

Et aimer, réapprendre à vivre avec l’autre est-il si naturel ? Si facile ? 
Entre être à l’écoute de l’autre, et se sacrifier, ou est la frontière à ne pas franchir ?
L’amour peut-il être généreux, dans l’oubli de soi pour que l’autre renaisse et revive de toute son âme ?

Jolie histoire pleine de sensibilité, de sentiments retenus qui se dévoilent au fil des pages, au fil d’une complicité qui se tisse peu à peu.

Si l’écriture de Laurent Mauvignier est sublime, elle tient une place de choix dans le personnage de Sibylle. 
A double titre !
Elle lui doit la vie : sa vie de personnage de roman sans lequel elle n’aurait aucune existence ; et sa vie dans le roman, l’écriture étant depuis toujours sa bouée de sauvetage.

Mon coup de coeur de cette rentrée littéraire 2016

Citations extraites du roman sur : http://citations-auteurs.blogspot.fr/2016/10/laurent-mauvignier-ne-en-1967.html

(c) Véronique Meynier, 22/10/2016

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