Abandonner un chat / Murakami Haruki
Abandonner un chat : souvenirs de mon père /
Haruki Murakami ; trad. du japonais par
Hélène Morita ; ill. d'Emiliano Ponzi.- Paris :
Belfond, 2022, 81 p.
Citations d’Haruki Murakami. Conseils de lectures des romans d’Haruki Murakami : Kafka sur le rivage ; Des hommes sans femmes ; Autobiographie de l’auteur en coureur de fond ; L’étrange bibliothèque ; L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage.
Essai autobiographique, Abandonner un chat, évoque l’enfance d’Haruki Murakami, et sa relation à son père.
C’est un souvenir ancien, une anecdote liant les deux hommes, qui donne le titre au livre, et ouvre au lecteur, la porte d’entrée aux souvenirs de Murakami, enfant.
Haruki a cinq ou six ans, quand son père l’embarque sur le porte-bagages de son vélo en direction d’une plage pour y abandonner leur chat, qui leur fera la surprise de revenir sur ses pas, chez eux, avant eux. Abandon du chat qui sera une tentative ratée. Et paradoxalement un soulagement pour les deux hommes, qui en nourriront une admiration pour ce chat si indépendant, imprévisible et courageux. Capable de détourner son destin.
Cette réminiscence lointaine est le point de départ que trouve Murakami pour réussir à parler de son père.
Qui a été passionné de haïkus, est devenu soldat par obligation, par naissance en temps de guerre ; et qui sera le reste de sa vie professeur de japonais.
Ce père dont il s’est longtemps éloigné, auprès de qui il n’avait plus rien à échanger, à qui il ne trouvait plus rien à dire, tant une distance entre cet enfant et ce père s’était installée.
Mais auprès de qui, au moment où la mort arrivait, où la séparation définitive s’annonçait, sautait aux yeux une ressemblance évidente, un lien certes tiraillé, mais un lien qui se recolorait et s’affichait comme éternel. Eternellement présent. Eternellement lié à la chance d’être soi-même vivant.
Ce père, cet homme qui n’était pas idéal, mais qui avait donné naissance à Haruki. Cet homme sans qui cette vie d’enfant, d’adulte, d’auteur n’aurait pas eu d’existence. Cette vie, qui quelle que soit sa réalité, ne restera que le fruit de multiples hasards.
Abandonner un chat est un essai sobre. Y sont évoquées les malchances de naître en période de guerre, et d’avoir une vie impactée par l’Histoire, qui empêche de faire ses propres choix, puisque les grands évènements nous mettent sur un chemin de circonstances, d’obligations. Nous fait devenir un ennemi, un homme armé, avant de ne pouvoir n’être qu’un Homme.
Y est évoqué ce qu’un fils ressent et perçoit de son histoire personnelle, liée à ce qu’un père exprime, dit, ou tait.
A ces douleurs, à ces plaies soignées ou toujours présentes, qui donnent une gravité à l’enfance sans que l’enfant n’en connaisse l’origine exacte.
Murakami, dans ce texte très intimiste, évoque sa nécessité d’écrire pour ressentir, pour exprimer ses émotions, les faire éclore, pouvoir les vivre.
Et son affection pour les chats, et les livres, qui sont depuis son enfance présents, et source de son équilibre, de sa sérénité. Petit texte magique, et magiquement illustré.
Un grand coup de cœur, égal à son excellente autobiographie précédente, bien plus complète, Autobiographie de l’auteur en coureur de fond.
Deux textes pour les inconditionnels de l’œuvre poétique de Murakami, qui souhaitent aussi connaître l’homme qui se cache derrière l’auteur.
Quel que soit le titre qui est choisi, la plupart des romans de Murakami donnent un plaisir de lecture, et font voyager dans un imaginaire très particulier. Toute son œuvre est donc à découvrir au fil des envies ou des occasions de croiser un de ses romans.
© Véronique Meynier, Article écrit le 16/02/2022 et mis en ligne le 05/03/2026 à 15h23.














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