Le philosophe nu / Alexandre Jollien


Le philosophe nu / Alexandre Jollien.-Paris : Seuil, 2010. 197 p.


Ce 4ème livre d'Alexandre Jollien est un journal de réflexion sur la passion, les souffrances qu'elle entraîne, et le sentiment si intense de se sentir en vie qu'elle procure.

Alexandre Jollien est taraudé par l'excès de ses "crises passionnelles" qui, de part leur vigueur, ne le laissent jamais en paix. Cet excès qui rend la vie plus intense (la vie sublimée, rêvée), et qui, très absurdement, nous éloigne de la vie réelle et de ce qu'elle peut concrètement nous offrir. Le passionné est en attente permanente de chimères, et forcément toujours déçu par la vie réelle et médiocre, qui manque forcément de grandeur, de magistralité, d'intensité, de beauté, en comparaison d'un conte de fées.

Nous entrons dans l'univers paradoxal d'un homme dont la pratique philosophique l'incite au détachement et à la raison, alors que sa personnalité est sujette et victime de passions. Tout philosophe qu'il soit, il est capable de se retrouver dans la situation de jouer le conférencier aguerri au "détachement" et au "lâcher prise", indispensables pour devenir un homme heureux, tout en étant obnubilé par la réception d'un texto d'un ami si attendu, qu'il en est obsédé, et déserte mentalement l'assemblée, trop impatient de voir si LE message arrive enfin.

Ce traité interroge les contradictions humaines, les oppositions entre ce que veut le coeur, et ce que veut la raison, et cette culpabilité ressentie à agir selon nos pulsions, qui seront souvent la cause de nos frustrations, de nos folles attentes qui ne manqueront pas d'être déçues.

Pour autant, Alexandre Jollien interpelle nos consciences de philosophes en herbe, mais ne donne pas de recette. Les questions ici soulevées aboutissent toutes au même constat : pour être heureux, il faut réussir à profiter du moment présent, et à ne pas fuir mentalement le moment qui se déroule.

Mais en vrai passionné, et en vrai philosophe, Alexandre Jollien opte plutôt pour tenter de dompter ses émotions sans pour autant vouloir les éteindre, même dans le but de ne plus souffrir.
Les passions nous bouleversent, nous tyrannisent, mais sont la sève de l'existence. 
Sentir, sans être dépassé par nos émotions, mais ne pas se protéger au point de devenir un mort-vivant hermétique aux sensations, aux autres, aux partages.

Journal de questionnements plus que de réponses, sur des interrogations universelles, comme la quête du bonheur, qui ne dépend pas des autres, mais de notre façon de vivre les événements.

Un bon cru d'Alexandre Jollien, à déguster sans modération.

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