Mauvaises pensées / Paul Valéry

Mauvaises pensées et autres /Paul Valéry. Paris : Gallimard, 1942, 224 p.

«Il faut lire Monsieur Teste [de Paul Valéry], cet étrange portrait d’un personnage qui ne cherche pas à plaire, qui a «tué la marionnette», qui est devenu, à force d’intelligence, absolument insensible à toute forme de succès ou de regard social. Du coup, parfaitement inhumain ! Et de ce fait, nous réconciliant avec l’amour de nos limites et imperfections.» (Christophe André. S’estimer et s’oublier : abécédaire de l’estime de soi et de tout le reste.- Paris : Ed. Odile Jacob, 2024, pp. 49-50).

Cette citation de Christophe André m’a interpellée. Et m’a donné envie de découvrir Paul Valéry, et son personnage de Monsieur Teste. Qui lui-même m’a poussée à lire encore Paul Valéry, et à m’absorber dans son recueil de Mauvaises pensées.

J’ai adoré ces pensées, éditées en 1942… mais en aucun cas démodées. Ces pensées restent fidèles au caractère de Monsieur Teste, indépendant, non intéressé par les hommages et les critiques des autres, mais totalement investi du sens qu’il donne à sa vie, et de l’intérêt que seules ses propres actions donneront en qualité, en profondeur à l'existence au quotidien. 

Paul Valéry ressemble pour moi à un Nietzsche. Qui tous deux ont besoin de gravir la pente de la vie, dépasser les embûches (les difficultés n’étant pour eux deux qu’un moyen et une occasion de se dépasser, multiplier ses capacités physiques et intellectuelles).

Mauvaises pensées évoque que rien n’est jamais nouveau -bien des choses et des savoirs ayant déjà trotté dans la tête des Morts, des Disparus, Êtres qui mettaient dans leur présent la curiosité, la soif de connaître en haut de l’échelle, et gravissaient chaque jour une marche pour atteindre le sommet. Ou au moins éviter de passer leur vie à s'ennuyer...

Mais Paul Valéry alerte sur ceux et celles dont l’Histoire se souvient, garde des traces, des souvenirs. Ce sont ceux et celles, qui ont été bourreaux ou victimes. Le reste des Humains reste dans l’ombre, comme s’ils n’avaient jamais existé. Souvent l’avenir et les humains qui l’habitent ne font que découvrir à nouveau ce que les humains restés invisibles savaient déjà.

Pourtant Paul Valéry alerte sur une connaissance exceptionnelle que chaque humain détient en lui. Mais malheureusement la plupart des humains ne réalise pas cette richesse, cette somme de savoirs, et ne donne aucune valeur à ce contenu en lui, en imaginant que le superflu, l’ailleurs, l’inaccessible, est le seul trésor qui a un prix. Quand ce qu’il possède en lui est bien plus précieux.

Paul Valéry est à découvrir, et à ressortir des archives, des rayons des bibliothèques, où il reste assoupi sans trop de visites. Pourtant, il a tant à nous dire, à partager, que c’est un bonheur de continuer à lui rendre visite, et à profiter de ses pensées, qualifiées par lui-même de mauvaises, quand elles ne sont que propices à la réflexion. A la Sagesse. A la curiosité intellectuelle, à ouvrir davantage nos yeux sur ce qui nous entoure pour ne pas passer à côté des splendeurs que la vie "banale" nous offre au quotidien. 

Bonne lecture.

© Véronique Meynier, Blog Littéraire – Ma Bibliothèque Idéale, Mes Conseils de lecture. Article écrit le 22/01/2025 et mis en ligne le 23/06/206 à 9h14.

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