Ainsi parlait Zarathoustra / Friedrich Nietzsche


Ainsi parlait Zarathoustra / Friedrich NIETZSCHE.- Paris : LGF, 1983. 410 p.


Nietzsche n'est pas un philosophe du réconfort. Il ne donne aucune solution. Nietzsche remet en question toutes nos certitudes, et choisit logiquement Zarathoustra, fondateur d'une religion du passé (VII° Siècle avant J-C), dont il ne reste presque rien. Aucun risque de connotation ou d'à-priori lors de la découverte de cette oeuvre donc.

Celle-ci ne prône pas une morale, n'indique pas de chemin à suivre, ou un cadre à respecter pour mieux vivre.
Ce livre représente toute la philosophie de Nietzsche, par une éternelle remise en question des certitudes, en toute indépendance.

Nietzsche est fasciné par le mythe du surhomme, vision idéalisée de l'homme en quête de pureté et de vérité.
Le surhomme ne doit pas s'entendre par le culte du héros, mais au contraire par un retour à un homme authentique, pur, débarrassé de toutes les hypocrisies et vacuités de l'homme dit moderne.
Sa philosophie ne se développe que dans la solitude, condition indispensable à cette quête d'absolu, débarrassé de toute influence.

Oeuvre magistrale, où l'homme est invité à partir à la recherche et à la conquête de lui-même, à devenir le sculpteur de sa personnalité, à réaliser celui qu'il est vraiment.
"Ainsi parlait Zarathoustra" est un voyage en terre d'excellence, d'accomplissement de soi, de dépassement de ses préjugés, peurs, limites, imitations, habitudes.

Nietzsche y soigne aussi le style, et donne à Zarathoustra une belle musicalité.
Philosophe à part, Nietzsche ne nie pas les défauts de l'homme, ni les difficultés que celui-ci trouve sur son chemin.

Mais sa conviction que l'homme n'a pas besoin de modèle, ou de maître pour choisir l'exigence plutôt que la facilité est contagieuse.
Sa pensée envoûtante convainc également que rechercher l'idéal, la perfection, ne peut rendre nos actes que plus avouables et responsables. Nous pourrions même finir par en être fiers.

Puisque ce que nous sommes n'a n'importance que pour soi, souhaiter devenir le meilleur (non en terme de compétiteur ou de gagnant, mais en tant que simple personne), penser à ce que nous entreprenons, aux valeurs auxquelles nous croyons dans les actes les plus anodins, ne rendra ces actes que plus en accord avec ce que nous sommes.

Évacuer les influences, jugements, séductions pour n'agir que pour nous-mêmes, par nous-mêmes comme l'on considère que nous devons avancer, en toute conscience de ce que nous sommes et voulons faire.
Nietzsche, auteur intemporel, moderne, essentiel. La vie n'est pas un long fleuve tranquille, mais nos rêves, nos idéaux peuvent la façonner d'une teinte plus harmonieuse, plus vertueuse, et la rendre plus intense.

Nietzsche déchaîne des débats, a été accusé d'être antisémite (par une mauvaise interprétation de son homme supérieur).
Certains l'encensent : à relire le Nietzsche de Zweig qui met l'accent sur le côté passionné et forcément excessif du philosophe. Nietzsche ne serait pas Nietzsche sans ces excès.
Cioran dans ses "Cahiers" parle du paradoxe du fait que ce mythe du surhomme soit sorti de l'esprit d'un Nietzsche fragile et malade.

Dans tous les cas, il apparaît que l'on est toujours plus proche de ce qui se cache au fond de notre être, que de ce que notre enveloppe dévoile au monde.
Nietzsche était malade et fragile, cela ne fait aucun doute, mais ses rêves et son idéalisme en a fait un maître à penser, et sa soif de liberté lui a interdit d'enchaîner ses adeptes à ses théories.

S'il nous encourage à remettre tout en cause et à devenir quelqu'un d'autre en nous dépassant, chacun d'entre nous doit fabriquer sa recette avec ses propres ingrédients.
Une "doctrine" pourrait rester de lui, une phrase en accord avec ce mouvement, l'intelligence de son esprit  : "Ce qui importe, c'est l'éternelle vivacité, et non pas la vie éternelle."

(Citations disponibles sur http://citations-auteurs.blogspot.fr/2012/12/nietzsche.html)


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