Cahiers : 1957 - 1972 / Emil Michel Cioran

Cahiers : 1957 - 1972 / Emil-Michel Cioran.- Paris : Gallimard, 1997, 998 p.


Citations du recueil disponibles sur le lien : http://citations-auteurs.blogspot.fr/2012/09/emil-cioran-1911-1995.html



(Cioran cité dans l'Avant-propos de Simone Boué)
12/1969 : "Je vais m'accrocher à ces cahiers, car c'est l'unique contact que j'ai avec l'écriture. [...]. Mais cet exercice a du bon, il me permet de me rapprocher des mots et d'y déverser mes obsessions, en même temps que mes caprices."

34 cahiers de notes, souvenirs de lectures, portraits d'amis ou d'ennemis, de balades ou de colères où le pessimisme, la solitude, la noirceur des réflexions de Cioran chronologiquement rassemblés, sont à l'origine de cette publication.

Le lecteur ne sera pas surpris de la misanthropie qui surgit tout au long de ce millier de pages, des colères que pique Cioran qui ne supporte personne, y compris lui-même.

L'intérêt de la lecture vient de ce que livre Cioran dans ces cahiers intimes (où l'inscription "à détruire" était griffonnée sur la couverture), qui n'avaient pas pour but d'être publiés.

Cioran, philosophe brillant, est un homme pessimiste, libre et indépendant.

La compagnie des autres l'ennuie, et seule la marche et la musique (Bach) le soulagent, lui rendent l'existence moins lourde.

Exigeant avec lui-même, la médiocrité des gens qu'il croisent le rend méprisant et solitaire.

Pourtant, il aime la vie, la trouve même extraordinaire, même si cette humeur positive, sur laquelle il n'a malheureusement aucun pouvoir, l'habite extrêmement rarement.

Cioran n'est pas un être sociable, mais un être inadapté à la vie en société. Il se nomme le "Détrompé", et cette lucidité l'empêche de jouer un rôle pour cohabiter avec les autres hommes. Il préfère fuir leur compagnie, où il ne sent pas à l'aise.

Sa noire philosophie est trop sombre pour donner envie à beaucoup de lecteurs de le lire.
Le pavé que représente ces Cahiers peuvent par conséquent décourager certains de découvrir cette oeuvre originale, par son intimité, et prévisible par son extrême misanthropie.

C'est pourtant la meilleure entrée en matière sur ce qu'à écrit Cioran, lui qui exécrait privilégier le style plutôt que la profondeur de l'écrit.

Entrer dans les pensées de Cioran, par ces Cahiers magistraux est un voyage sombre, torturé, riche de tous ses défauts. Les contradictions et la noire écriture sortent des tréfonds des entrailles de cet auteur si marginal et talentueux. Cioran, provocateur, prétentieux, orgueilleux avec toute la démesure de l'écriture que cela provoque, nous régale de son regard désabusé sur ses semblables et par sa vision si sombre de l'existence, où le paradoxe n'est pas épargné -"Tout compte fait, la vie est une chose extraordinaire."
Pourtant, le drame de Cioran est de ne pas pouvoir se satisfaire de petits bonheurs, et de mourir de désespérance en  ne vivant que Cette vie là, avec simplement Ces gens-là.
Il avait une grande idée de lui et aurait pu être heureux s'il avait atteint un autre niveau d'accomplissement, où s'il avait mis la barre moins haut, pour lui et ses contemporains.
Il restera un perpétuel insatisfait, dont l'écriture sombre et lucide, ne s'encombre d'aucune fioriture, ni tabou.

Ce désabusement, cette noirceur de vivre fait penser au fabuleux Fernando Pessoa.
Ils partagent cette exigence de ce que doit être la vie et les êtres, et ne supportent pas ce que le monde humain, contient de médiocrité.

Orgueil démesuré de se considérer au-dessus du monde ? Ou ambition de transmettre l'envie de tenter de se dépasser, de ne pas se contenter de peu, mais de souhaiter le mieux, d'espérer l'impossible ?







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