Bakhita : roman / Véronique Olmi : Conseil de lecture

Bakhita : roman / Véronique Olmi.- Paris : Albin Michel, 08/2017, 455 p.


Véronique Olmi a toujours eu le don de raconter des histoires. Auteur emblématique de portraits humains, sensibles, à fleur de peau (Bord de mer, Numéro six, Cet été-là), elle excellait jusqu’à présent dans cette aptitude qu’a seulement LE grand écrivain : rendre vivants des êtres tout droit sortis de son imagination.

Dans Bakhita, le point de vue de l’auteur s’inverse. Il s’agit dans ce nouveau cru très réussi, d’écrire une biographie d’une femme soudanaise (1869-1947) enlevée à l’âge de 5 ans du Darfour, pour être la proie de multiples négriers, qui l’ont achetée à différentes périodes, attirés par sa beauté.

Cette vie de soumission, de non droit comme ligne d’existence permanente, enlève à Bakhita ses souvenirs de première enfance, et de ses origines, de sa famille.

Elle était fille d’un chef de village à Olgossa, et était la sœur d’une fratrie sans doute très importante. Elle gardera en mémoire jusqu’à sa mort la blessure de la perte d’une présence qui devait être essentielle : celle de sa sœur jumelle. Pour les autres membres de sa famille, seule l’image de sa mère entourée de beaucoup d’enfants en permanence, ancre en elle ce statut de Mère aux multiples enfants, sans qu’elle se souvienne des détails de sa famille. Pour son père et son lieu de naissance, rien ne lui restera. Seules des enquêtes faites plus tard par des tiers selon ses réminiscences aboutiront à un état de ses origines probables.

Quelques autres esclaves dont elle partagera la vie et les souffrances deviendront des sœurs de cœur, dont elle devra revivre le bouleversement de la séparation lorsque l’une changera de maître.

Cette existence malheureuse croisera la route d’un consul d’Italie, homme plein d’humanité, qui souhaite l’extraire à cette condition, en l’aidant à retrouver ses racines, son lieu de naissance, son village, sa famille.

Mais Bakhita a été déplacée depuis son enfance, a suivi tant de maîtres depuis ses 5 ans, qu’elle est incapable de reconnaître le moindre lieu familier sur une carte, de recouvrer le moindre souvenir d’un nom, d’un paysage dans sa mémoire.

Ce projet de retrouver les siens ne pourra donc pas avoir lieu. Et pour une fois encore, elle est donnée à un couple d’Italiens, dont La Signora Maria Michieli, sa nouvelle maitresse, s’avérera être enfin la dernière.

Cette femme très autoritaire n’a pourtant aucun scrupule à poursuivre sa domination sur Bakhita, et s’en sépare pour une raison financière. Elle part en voyage à Suakin, et ne veut pas payer un voyage pour une esclave. Cette décision changera le destin de Bakhita, qui après avoir tant supporté d’humiliations, de violence va découvrir la bienveillance. C’est au cœur de l’Institut des catéchumènes de Venise, qu’elle va se convertir et passer le reste de son existence sous le statut de Madre Gioseffa.

Morte en 1947, déclarée Sainte en Octobre 2000 par Jean-Paul II, après des années d’esclavagisme, ce portrait si maitrisé par Véronique Olmi est brillant. Ce roman était dans la sélection des plus prestigieux Prix Littéraires, dont le Prix Goncourt. Jusqu’au bout, les professionnels l’imaginaient couronnée par ce bel hommage. Ce ne fût malheureusement pas le cas, le 6/11/2017, c’est Eric Vuillard qui a été récompensé pour son livre «l’Ordre du Jour» (Actes Sud).

Mais les lecteurs ont déjà massivement plébiscité «Bakhita»,  titre très présent depuis sa sortie en août et pour lequel les critiques littéraires sont unanimes.

Magnifique roman d’un portrait qui se lit comme un polar. On ne lâche pas le livre !

Citations extraites du roman sur mon Blog de citations intemporelles d'auteurs : https://citations-auteurs.blogspot.fr/2013/06/veronique-olmi-ne-en-1962.html

© Véronique Meynier, le 06/12/2017

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