Expérience sur l'obéissance et la désobéissance à l'autorité / Stanley Milgram

Expérience sur l'obéissance et la désobéissance à l'autorité / Stanley Milgram ; préf. De Michel Tereschenko ; postface de Mariane Fazzi ; trad. De l’anglais (Etats-Unis) par Claire Richard.- Paris : La Découverte, 2017, 118 p.

Un homme pacifiste peut-il se transformer en bourreau exécutant les ordres monstrueux d’un tiers au seul argument qu’il détient à ses yeux une autorité légitime ?

Pour le dire autrement, obéir annihile-t-il toute notion de morale, toute idée de responsabilité personnelle, toute notion de conscience individuelle ?

Cette question, Stlanley Milgram, professeur américain à l’université Yale, et spécialiste de la psychologie sociale, en a fait son sujet  d’étude exclusif, dans les années 60. Il mettra en place un protocole d’expérimentation sur ce sujet de 1961 à 1962.

L’origine de cette obsession sur l’obéissance vient de la volonté de Milgram de comprendre la cause profonde de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, cet holocauste n’a pu aboutir qu’à cause d’une obéissance extrême et inappropriée de milliers d’individus qui dans une simple logique humaine auraient dû s’opposer aux actes que l’on leur imposait plutôt que de continuer à les accomplir en masse. «L’extermination des Juifs européens par les nazis reste l’exemple extrême d’actions abominables accomplies par des milliers d’individus au nom de l’obéissance.» (Stanley Milgram In Soumission à l’autorité, pp. 17-18, cité par Michel Terestchenko In Expérience sur l’obéissance et la désobéissance à l’autorité.- Paris : La Découverte, 2017, Préface, p. 9).

Venons-en maintenant concrètement au protocole d’expérience de Milgram. Il voulait étudier l’intensité de la décharge électrique qu’un sujet est prêt à infliger à une autre personne quand un expérimenteur lui ordonne de le punir. Des complices à l’équipe de recherche se mélangent à des sujets naïfs pour tirer leur place au sort. Le tirage est bien sûr truqué et le sujet naïf se tient toujours à la place de celui devant infliger les décharges électriques au sujet complice (qui ne reçoit pas les décharges réellement bien sûr mais en complice préalablement préparé, simulera tous les symptômes : douleurs, cris, protestations). Il est payé 4,5 dollars pour l’expérience. Et il doit punir d’une décharge électrique de plus en plus forte le candidat qui doit répondre correctement à des questions (sinon les décharges punitives iront de 15 volts : décharge légère, à 450 volts : danger, décharge extrêmement forte).

Avant de se lancer dans l’expérience, Stanley Milgram a expliqué son protocole à 40 psychiatres. Il souhaite avoir leur impression, leur estimation préalable sur le résultat final de l’expérience. Milgram demande à ces spécialistes d’évaluer la proportion de personnes qui seront capables d’envoyer une décharge électrique extrême sur laquelle la mention «Danger» apparaît.
Les psychiatres sont optimistes. Pour eux, à peine 0,1 % de personnalités seront dans cet extrême. Une marginalité est seule capable d’infliger pareille douleur à une autre personne.

L’expérience prend tout le monde par surprise, et déçoit définitivement Milgram. Ce n’est pas les 0,1 % attendu qui devient bourreau, mais 63 % des personnes piégées qui n’arrivent pas à s’extraire de cette expérience. Elle créé chez eux un malaise. Infliger une maltraitance quand ce n’est pas dans sa nature, est difficile à vivre.

Mais cela n’empêche pas ces 63 % d’aller au bout des consignes, sans se rebeller. Cette expérience de Milgram est une des plus célèbres réalisées par des chercheurs américains en psychologie sociale.
Ce que démontre Milgram étonnamment, c’est  que ce sont les rares personnes qui arrivent à s’extraire du dispositif contraire à leurs principes, à leurs valeurs, en refusant de continuer à envoyer ces décharges électriques qui sont perturbées, qui vivent mal leur opposition à l’autorité qu’elles respectent par ailleurs. Elles sont très minoritaires dans leur prise de décision, et se sont opposées à l’autorité qu’elles respectaient. Leur position est difficile à vivre

Ainsi, la personne qui a bien agi, en respectant en priorité l’intégrité de la personne innocente plutôt qu’une autorité montrant des signes de faiblesse et de défaillance (par les ordres qu’elle donne), se reproche sa désobéissance, puisque contester n’est pas son habitude. Comme d’agir contre sa nature. Mais devoir se battre, rentrer en conflit pour agir simplement correctement avec les autres n’est pas une situation agréable.

En revanche, si les «bourreaux à leur corps défendant» vivent mal l’instant (faire mal à quelqu’un, le mettre en danger), ce malaise est temporaire. Ils évacuent leur responsabilité sur la personne détenant l’autorité, et ayant donné l’ordre. Aussitôt l’expérience achevée, la conscience du «bourreau passif» se vide et il pense à autre chose.

Etude et compte-rendu d’expérience très instructif, qui défend une conscience de chaque acte, une responsabilisation associée à chaque action à laquelle nous participons.
Ce travail de Stanley Milgram incite à développer l’esprit critique, la réflexion des individus, et des enfants dès leur plus jeune âge, pour espérer une prise de conscience précoce que le choix est toujours possible dans la vie, même s’il incite à plus d’effort, de courage, d’implication, de réflexion.

Etude qui convainc que notre sens critique, notre pleine conscience d’être responsable de chacun de nos actes doit être la base du gouvernail de notre existence.

© Véronique Meynier, le 15/08/2017.

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