GILLE Elisabeth / Le Crabe sur la banquette arrière
Le Crabe sur la banquette arrière / Elisabeth Gille.- Paris : Ed. Mercure de France, 1994, 139 p.
Ce récit d'Elisabeth Gille, fille d'Irène Némirovsky, est son témoignage de sa vie, durant sa maladie, l'auteur étant victime d'un double cancer.
Ce récit est écrit comme un roman, ou une pièce de théâtre où Elisabeth Gille occupe le premier rôle, et donne la réplique aux autres acteurs et actrices.
Les autres personnages ne sont ici bien sûr que les membres de sa famille, ou ses ami.e.s.
L'ouvrage est composé de chapitres qui se composent des sept jours d'une semaine. Où la vedette de la pièce reste chez elle, entre visites de l'infirmière, de l'aide ménagère, et, ou le reste du temps, elle aimerait au moins pouvoir profiter du temps qui s'écoule, pour faire des choses qui lui font plaisir ou tout simplement se reposer, la chimiothérapie et la maladie lui faisant ressentir une fatigue extrême.
Mais c'est sans compter sur les autres personnages de la pièce, qui acceptent déjà qu'Elisabeth ait le premier rôle auprès du public (le lectorat), et ne vont pas en plus tolérer de rester silencieux ou derrière le rideau...
Aussi, ils viennent passer un moment avec elle, à l'improviste, alors qu'elle commençait à se reposer. Elle reçoit des appels téléphoniques plusieurs fois par jour, tous les jours, de ces ami.e.s qui veulent prendre de ses nouvelles, en étant persuadés que leur attention lui fera le plus grand bien. Que leur appel pourra tout régler...
Malheureusement, sa fille et tous/toutes ses meilleu.r.e.s ami.e.s ne sont constitué que de nature humaine. Ils sont des hommes et des femmes ordinaires. Qui même avec la meilleure volonté ou intention du monde, restent égoïstes, maladroit.e.s, moralisateurs/moralisatrices. Qui ne se rendent pas compte qu'ils et qu'elles se plaignent de choses anodines face à une femme qui ne sait pas qui, du cancer ou d'elle, gagnera la partie. Et qui sur un ton péremptoire lui disent chacun.e à leur tour qu'il suffit qu'elle se batte, qu'elle garde le moral, qu'elle ne déprime pas trop pour pouvoir s'en sortir.
Elisabeth Gille décédera en 1996, deux ans après avoir publié ce roman/récit.
Il est touchant et montre les limites de l'amitié et de l'attention que nous portons à nos proches.
A qui, par nos paroles vides et prétentieuses, nous interdisons de simplement être en mesure de nous parler, lorsque ces proches sont touchés par la maladie ou un autre drame.
Trop désireux de souhaiter les aider, nous les bâillonnons par des paroles de dictature, qui donnent au malade la manière de ressentir et de dire dans un cadre que maître.sse de la relation nous lui imposons dans chacun de nos échanges. Notre envie de l'aider se transformant malgré nous en une incapacité à accepter que le malade aille mal et l'exprime. Ce qui n'est pourtant que normal.
Elisabeth Gille comme tout.e autre malade a passé des heures à entendre les exemples du frère, du voisin ou de la cousine atteint.e de cancer de l'ami.e qui pensait lui parler, et ne savait pas qu'il était parti dans un monologue. D'exemples d'autres malades, ne vivant pas de la même manière la situation, ou dont la maladie et son évolution ne resteront que marginales. A quoi servent donc tous ces exemples, à part ne pas écouter, ne pas accepter d'entendre et de se taire ?
Le crabe sur la banquette arrière est un livre à lire. Pas par la gaîté du sujet. Mais pour un intérêt capital que je n'ai personnellement jamais trouvé dans un autre livre : réussir à se rendre le plus humble et silencieux face à quelqu'un qui vit un drame. Qui ne nous touche, nous, que de l'extérieur.
Grâce à Elisabeth Gille et à son crabe, je comprends enfin que moi n'est pas l'autre. Qu'aucun mot ou expression du visage de l'autre ne pourront jamais me faire ressentir ce qu'il ressent.
Je ne peux que l'écouter, et être simplement là pour que celui ou celle qui vit un drame puisse exprimer CE qu'il ressent, sans que je n'aies à valider ou à recaler SES sentiments. A y ajouter des commentaires de personnage secondaire. Commentaires inutiles.
ⓒ Véronique Meynier. Article écrit le 28/10/2023. Mise en ligne sur Mon Blog de Conseils de Lecture - Ma Bibliothèque Idéale le 12/10/2026 à 9h42.

















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