Les enfants de Dynmouth / William Trevor


Les enfants de Dynmouth / William TREVOR. Paris : Phébus, 2014. 237 p. (Littérature étrangère).



Timothy Gedge, adolescent sombre et solitaire habite Dynmouth, ville balnéaire illustrant parfaitement la tranquillité et le repos. Sa population est plutôt bourgeoise et âgée, et tout ce petit monde mène une existence facile et confortable, sans aucune surprise. L’existence paisible qu’ils mènent dans leurs habitudes quotidiennes ne laisse entrevoir aucun imprévu qui viendrait mettre du sel dans la monotonie de leur vie. La mort viendra, mais en dehors d’elle, le temps s’écoule sans heurt ni fracas. Les jours se suivent et se ressemblent, dans un profond ennui.

Mais la personnalité de Timoty Gedge, va peu à peu donner une atmosphère pesante et malsaine à cette petite ville du Sud de l’Angleterre. Cet adolescent perturbé est toujours présent chez les gens, sonne à leur porte à toute heure, ou les arrête sur la route. Il s’incruste malgré les remarques lui demandant de ne plus venir les importuner. 

Il veut leur parler, leur communiquer ses doutes, ses questionnements sur l’ensemble des habitants, et leur insuffle, malgré eux, une suspicion sur leurs voisins ou leur propre famille, qui s’installe, se développe et habite leur esprit. Il parvient à créer une véritable culpabilité chez les individus avec qui il converse. Il instaure un chantage avec eux, en promettant de ne pas faire courir davantage la rumeur de ce qu’il «sait» ou pense d’eux.

Ces rumeurs dont les habitants ne croient d’abord rien, finissent par devenir des doutes sur les voisins qu’ils croisent, et sur lesquels ils finissent par porter un regard différent.
Ces vices ou déviances sont-ils simplement sortis de l’imagination malade de Timoty Gedge, adolescent désœuvré et mauvais ? 

Ou s’est-on voilé la face pendant toutes ces années, pour ne pas supporter de croiser tous ces individus constitués de traits de caractère médiocres ou monstrueux ?

Est-ce que l’on connaît vraiment son conjoint ou son père ?

Ou est-ce que l’on idéalise son partenaire, son géniteur ou son simple voisin pour vivre dans un monde habitable où les défauts humains ne prennent pas toute la place ?

William Trevor brosse des portraits magistraux dans ce roman, en transformant Monsieur Tout-le-Monde, en un monstre potentiel, par des pensées contestables ou un passage à l’acte possible.

Trevor réussit brillamment un roman, où la personnalité psychologique des protagonistes, devient le moteur du récit.
Quelle part d’ombre et de mystère, de pensées inavouables sont ensevelies dans notre corps et notre esprit ?

Nos fantasmes qui parfois hantent notre tête sont-ils condamnables, seulement pour avoir surgi dans notre esprit, peut-être malade ?
Et que savons-nous des gens que nous croisons tous les jours, et qui sont peut-être des pédophiles ou des meurtriers ?

Sale vision de l’humain dans «Les enfants de Dynmouth», qui montre tous les défauts dont l’espèce peut être composée. Trevor met l’accent sur toute cette part de lâcheté de l’homme qui se laisse aller à ses instincts les plus bas et vils, et qui ensuite se terre dans un refuge (famille, société) où rien n’est su ou jugé.

«Les enfants de Dynmouth» est intéressant également par le sens qu’il donne à la calomnie, à la rumeur.
Les commérages qu'un homme subit, le saliront toujours, quelle que soit leur part d’exactitude.
Une fois le doute répandu sur un individu, rien ne permet de laver son honneur, ou de lui redonner une apparence pure et noble.

L’homme est soit sali pour ce qu’il pense, fait, ou simplement par l'image que les autres ont de lui.
La morale noire mais lucide de ce roman pourrait être : n’espère rien des autres, ne crois pas trop toi. Tu es faillible, comme tes congénères, et la déception est toujours au bout du chemin !
Pas très optimiste, mais assez proche de la nature humaine, et de la réalité.

Citations extraites du roman disponible sur :
http://citations-auteurs.blogspot.fr/2015/02/william-trevor-ne-en-1928.html


(c) Véronique Meynier, 01/06/2015

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