Les vieux ne pleurent jamais : roman / Céline Curiol


Les vieux ne pleurent jamais : roman / Céline Curiol. Arles : Actes Sud, 2016, 323 p.



A soixante-dix ans, Judith Hogen, Française devenue actrice dans les théâtres américains perd son mari Herb.

Sa voisine et amie Janet lui propose un voyage organisé du 3ème âge, qui s’avérera pénible et insipide, mais qui rendra les deux amies plus complices. «Ce fut un séjour sous vide. En l’absence d’improvisation, le monde réel se révélait hors d’atteinte ; les organisateurs nous en avaient fermé l’accès en nous gardant sagement à l’intérieur de leur circuit.» (p. 128).

Dans la bibliothèque de son mari, elle tombe par hasard sur «Voyage au bout de la nuit» de Céline qu’elle n’a jamais lu.

Mais du roman surgit une photo qui y séjourne depuis cinquante ans et la fait replonger dans des souvenirs, des blessures ensevelies depuis un demi-siècle.

Judith prend la décision de retourner en France où elle n’a plus mis les pieds depuis douze ans, n’y connait plus grand-chose, pour partir à la recherche de l’homme de la photo, son frère.

Elle part sur ses traces, en commençant là où leurs chemins se sont séparés, à la sortie de l’adolescence.

Son jeu de piste commence à Lyon où leur cousine Julia lui communique les coordonnées de Julien Joule, l’homme qu’elle recherche, et dont elle a perdu la trace, avec qui elle a coupé les ponts depuis si longtemps.

C’est à Grasse qu’elle se rend chez lui, où sa fille la reçoit en ignorant le lien de parenté qui les lie.

Roman sur les relations familiales difficiles, qui construisent ou créent un vide qui est une blessure à jamais.

Le temps ne fait rien à l’affaire, le déni de ce que l’on s’est dit ou de ce que l’on a tu, ne permet jamais d’ensevelir la réalité au point de la faire disparaitre, d’inventer d’autres faits.

Roman sur la relation maternelle ou fraternelle, qui restent fondamentales pour expliquer celle ou celui que l’on devient, en fonction de l’amour ou du rejet que l’on a reçu.

Roman sur les compromissions, sur les preuves d’amour ou de trahisons que chacun de nous consent, accepte ou subit et qui joueront sur la personnalité.

Roman sur ces questions essentielles et humaines : est-on toujours en mesure de vivre nos émotions, notre relation à l’autre, dans toute son envergure ? Ou l’éducation reçue, les jugements de nos proches sur nos choix auront-ils toujours le dernier mot, en freinant toujours nos désirs ou en créant une culpabilité liée à notre choix de plutôt les vivre ?

Renoncer à sa famille pour vivre en toute indépendance et en toute liberté SA vie vaut-il toujours le coup ? Ou finit on toujours par se dire que cette liberté a valu un prix démesuré qui ruine notre équilibre, nos souvenirs, nos racines sur lesquelles nous avons préféré tirer pour prendre de l’oxygène dans un autre milieu ?

Très joli roman sur les relations humaines, familiales, et sur les ressentis, les souvenirs, regrets ou rancoeurs qui restent dans notre mémoire.

Citations extraites du roman sur : http://citations-auteurs.blogspot.fr/2016/06/celine-curiol-nee-en-1975-2-citations.html

(c) Véronique Meynier, 04/07/2016

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